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Deux 14 juillet successifs marquent l’histoire de France : le 14 juillet 1789 et le 14 juillet 1790. Il est toutefois à noter que le législateur aurait pu choisir d’autres dates faisant référence à l’histoire de France pour commémorer la fête nationale.

Le 5 mai 1789, pour répondre aux nombreuses doléances qui lui parviennent, le roi Louis XVI (1754-1793) réunit les Etats Généraux [assemblée composée de représentants élus des 3 ordres - ou classes - qui forment la société : la noblesse, le clergé et le tiers-état (le peuple), convoqués par le roi pour délibérer de questions politiques touchant le pays]. Ces derniers demandent une réforme profonde des institutions et le 9 juillet, se proclament « Assemblée nationale constituante », créant, pour la première fois, un contre-pouvoir fort à la monarchie. La Révolution Française (1789-1799) vient de commencer ! Dans le même temps, des troupes royales, essentiellement suisses et allemandes se concentrent autour de Versailles et de Paris. Le renvoi du ministre des finances réformateur Jacques Necker (1732-1804), le 11 juillet, et la rumeur de l’arrestation prochaine des députés poussent la population parisienne à se soulever.

Le matin du 14 juillet, une foule composée notamment d'artisans et de boutiquiers se dirige vers les Invalides où sont stockés des armes avant, pour récupérer de la poudre, de prendre la direction de la Bastille, vieille forteresse royale qui sert de prison symbole du pouvoir Absolu. Le gouverneur de la place forte fait tirer sur la foule et une journée de fusillades s'ensuit à l’issue de laquelle la garnison se rend tandis que son gouverneur est exécuté.

Les conséquences sont immédiates : le 15 juillet, Louis XVI se rend à l’Assemblée pour annoncer le retrait des troupes étrangères, le 16, il rappelle Jacques Necker et, le 17, reçoit du maire de Paris la cocarde tricolore – bleu, blanc, rouge -, emblème nouveau de la Révolution.

Symbolique s’il en est, cette date est choisie, 1 an plus tard pour célébrer la fête de la Fédération. Le 14 juillet 1790, des représentants des fédérations locales de la garde nationale (formation paramilitaire composée de citoyens armés apparue durant l’été 1789 qui a pour vocation de maintenir l’ordre public), se rassemblent à Paris au Champ-de-Mars pour défiler et célébrer l'union de la Nation.

Si elle célèbre la prise de la Bastille, cette manifestation apporte un sentiment d'ordre et d'unité dans un pays en crise. Le jour dit, 14 000 soldats fédérés défilent sous la bannière de leur département, de la Bastille jusqu'au Champ-de-Mars, qui, pour l’occasion, est aménagé pour accueillir le public. Bourgeois, aristocrates, gens du peuple, hommes et femmes mêlés, assistent nombreux à la cérémonie : l’évêque Talleyrand, député réformateur (1754-1838), célèbre une messe puis le marquis de La Fayette (1757-1834), en tant que capitaine de la garde nationale parisienne, suivi du corps législatif prête le serment de la Constitution décidé par l'Assemblée nationale, jurant fidélité à la Nation, à la loi et au roi, avant que Louis XVI et la reine Marie-Antoinette (1755-1793) jurent de maintenir la Constitution. L'aspiration à l'union nationale triomphe et la cérémonie se transforme en grande fête populaire, avec chant et feux d’artifices qui dure 3 jours.

Mais il faut attendre la IIIe République (1870-1940) pour que le 14 juillet devienne jour de fête nationale.

Au début des années 1870, marquées par la défaite du Second Empire (1852-1870) et la répression sanglante du soulèvement insurrectionnel dit Commune de Paris (mars-avril 1871), la nature du régime reste incertaine. Ce n’est qu’à partir de 1879 que les républicains - la gauche - contrôlent l'ensemble des institutions du régime, avec les élections législatives de 1876 qui leurs donnent la majorité parlementaire et en 1879, la démission du président de la République Patrice de Mac-Mahon (1808-1893), lui-même remplacé par le républicain Jules Grévy (1807-1891). L'enracinement de la République passe alors par l'adoption d'un ensemble de symboles par le biais notamment d’une fête nationale.

Le 21 mai 1880, le député Benjamin Raspail (1823-1899) dépose un projet de loi faisant du 14 juillet la fête nationale annuelle en commémoration de la prise de la Bastille et de la fête de la Fédération ; adopté par l’Assemblée le 8 juin puis par le Sénat le 29 juin, cette loi est promulguée le 6 juillet 1880. (1)

Ainsi donc, dans les faits, de la IIIe République à nos jours, les Français commémorent les deux 14 juillet. La prise de la Bastille et l'insurrection populaire du 14 juillet 1789, ou « l’éveille de la Liberté » (Victor Hugo). Mais aussi la première fête de la Fédération, nationale et consensuelle, le 14 juillet 1790, dernière manifestation d’unité nationale, sursaut de joie entre les affres de la « Grande Peur » (soulèvement paysan de l’été 1789 qui pousse l’Assemblée à abolir les privilèges le 4 août 1789) et la période la plus dure de la Révolution marquée par la Terreur et la guerre.

Dès cette époque, une place centrale est accordée à l'armée dans les festivités. Ainsi, en 1880, le programme prévoit le défilé militaire sur l’hippodrome de Longchamp. C’est après la Première Guerre mondiale, le 14 juillet 1919, que le défilé militaire se déroule sur les Champs-Elysées. Il est toutefois à noter que ce défilé ne s’est pas toujours déroulé sur cette prestigieuse avenue.

Pour le reste, le programme officiel cité plus haut inaugure l'essentiel du rituel républicain qui se précise peu à peu au cours des années 1880 et qui ne varie qu’à la marge par la suite. La fête débute par une retraite aux flambeaux le 13 au soir, puis s’enchaînent les manifestations civiles et militaires, les « banquets républicains », les feux d'artifices, les fêtes locales qui se terminent souvent à l'aube. Les maires de France jouent très vite un rôle central dans l'organisation et le déroulement des cérémonies et des festivités qui s'ensuivent.

Il est à noter que les entretiens présidentiels à la télévision inaugurés le 14 juillet 1978 en marge de la fête nationale sont devenus une tradition présidentielle se déroulant au Palais de l’Elysée après le défilé militaire.

Marie LARROUMET

Vert et Rouge

(1) Selon d'autres sources : la proposition n'est pas accueillie unanimement par l'Assemblée; certains députés mettent en cause la violencedu 14 juillet 1789 et c'est finalement autour du 14 juillet 1790 que sefaitleconsensus.