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Attaque d'Alger par mer, le 29 juin 1830, par Théodore Gudin, 1831.

La SAMA vous propose la relation, en 8 articles, de l'expédtion d'Afrique en 1830 telle que la décrite en 1832 Edouard d'Ault-Dumesnil chez Delaunay Editeur. On remarquera que dès l'origine, "les passions et les intérêts" sont de nature à donner des "impressions mensongères". Souhaitons que cette lecture vous apporte une meilleure compréhension de cet épisode qui aura de nombreuses conséquences ultérieures. 

(pour une meilleure compréhension certains mots ont été réécrits en français actuel)

PREMIER ARTICLE.

Quand le jour en sera venu, l’histoire racontera ce que fut la campagne d’Alger, encore si mal appréciée aujourd’hui. C’est l’œuvre du temps d’effacer toutes les impressions mensongères que les passions et les intérêts ont eu hâte de multiplier(1). Mais il est permis sans doute de préparer le jugement épuré des siècles, en racontant ce que l’on a vu avec toute la fi délité dont on est capable. Étranger, grâces à Dieu, aux illusions des partis, nous aspirons il nous élever au-dessus de toutes les considérations d’un ordre inférieur, pour jeter un coup d’œil sur l’ensemble d’une expédition plus glorieuse que célébrée. Offrir, dans le cadre d’une esquisse rapide une idée à peu près complète de l’exécution d’une grande pensée, tel est notre seul but.

Si l’on s’étonnait de nous trouver quelquefois en contradiction avec, les récits officiels et officieux, sources de l’opinion erronée qui a pu s’accréditer à l’égard de l’expédition d’Afrique, que ce ne soit pas un motif de rejeter notre témoignage ; chaque préjugé que le temps usera laissera voir, en s’effaçant, ce qu’on doit inférer de nos assertions contraires à certaines préventions d’une contagion peut-être inévitable d’abord. Trop souvent les lettres écrites d’Alger ne se bornaient pas à n’être que ridicules ; et nous devons le déclarer aussi, les rapports officiels des opérations de la flotte et de l’armée n’ont pas peu contribué à égarer l’opinion publique. Nous pourrions comparer l’effet de ces bulletins, à celui d’une lunette d’approche dont on appliquerait successivement à l’œil les deux extrémités : ceux de l’armée navale grossissent les objets, tandis que ceux de l’armée de terre les rapetissent.

 

Il faudrait remonter jusqu’à l’avènement de Hussein Pacha au pouvoir pour assigner l’origine des griefs dont les conséquences lui ont été si fatales. Mais ils datent surtout de 1824 alors que des perquisitions furent exercées dans notre maison consulaire à Bône, que des autorisations illicites de séjour et de commerce sur cette côte furent accordées à notre détriment, et qu’un droit arbitraire fut exigé sur des marchandises au compte de l’agent des concessions françaises. En 1826, un attentat plus grave fut commis par la piraterie algérienne. Quoique couverts du pavillon et de l’égide de la France, des navires appartenant à des sujets du père de la chrétienté furent capturés, et on refusa de les restituer. D’autres violations de nos transactions avec les régences africaines eurent encore lieu. Notre souveraineté, acquise depuis bientôt quatre siècles, sur une petite partie de la côte septentrionale d’Afrique, ne fut plus respectée. Au mois d’avril 1827, le dey lui-même fit un outrage inexcusable au consul-général de France. Celui-ci reçut ordre de son gouvernement de quitter Alger; il partit, et l’établissement français de la Calle fut incendié et ruiné. Un blocus maritime devant Alger dut être la première mesure à laquelle on eut retours. Mais on reconnut bientôt l’inefficacité de cette croisière, qui absorbait sans résultat plus de sept millions par an, On voulut cependant essayer d’une dernière démarche. Au mois d’août 1829, les réclamations de la France furent portées au dey dans sa Cassauba. Mais il ne répondit que par le refus d’y faire droit et par le feu des batteries algériennes dirigé sur le vaisseau parlementaire français, à la vue d’une voile anglaise et d’une voile espagnole(2).

 

Sans doute si la France n’eût pas été préoccupée de l’imminence d’une révolution intérieure, elle se serait

écriée comme un seul homme : « C’est à moi que s’est attaqué l’ennemi de la civilisation chrétienne ; c’est à moi qu’est réservé l’honneur du jour prédestiné à l’expiation d’une barbarie trop long-temps soufferte. Il n’y a plus qu’à invoquer le Dieu des armées, et à mettre à la voile. » Mais il s’est rencontré que l’heure approchait où l’ancienne, royauté devait être précipitée dans l’abîme vers lequel un aveuglement incurable la conduisoit depuis long-temps. Un ministère nouveau venait d’être appelé brusquement à la direction des affaires. Mais il ne suffit pas, pour composer un ministère, d’installer un honnête homme dans chaque hôtel ministériel. Une harmonie préalable de volontés doit être recherchée et constatée avant qu’on puisse exiger d’elles une action satisfaisante. Cette condition essentielle, qu’on ne peut jamais négliger sans imprudence, ne saurait être omise impunément, lorsqu’il est évident que l’administration appelée à diriger les affaires aura contre elle la majorité parlementaire. La royauté se trouvait donc engagée dans une impasse, et le ministère de son choix en butte à tous les traits d’une opposition jusqu’alors inouïe depuis la réapparition de la maison de Bourbon, lorsque le dey d’Alger, refusant d’admettre les justes réclamations portées par M. de La Bretonnière, venait de faire au vaisseau parlementaire français une insulte solennelle. Si nous insistons sur la coïncidence des embarras que suscitait au gouvernement l’état intérieur de la France avec la nécessité de prendre un parti envers la régence algérienne, c’est dans la conviction où nous sommes que la moindre difficulté de l’expédition d’Afrique ne fut pas de l’entreprendre.

 

Les conjonctures étaient devenues telles que l’inaction extérieure semblait être le rôle obligé du nouveau ministère. Il y aurait donc injustice aujourd’hui à lui reprocher d’avoir laissé sommeiller momentanément la pensée de châtier l’insolence du dey. Ce n’est pas que nous ne voyions dans la nécessité où se trouvait alors la France de se dessiner en face d’Alger que le besoin de venger une insulte partie de trop bas pour arriver jusqu’à notre honneur national ; mais c’était une occasion légitime de revendiquer les droits trop long-temps outragés de l’humanité, de restituer au commerce de la Méditerranée sa sécurité, de retrancher la source de tant d’avanies , d’affranchir l’Europe des plus honteux tributs, et enfin de replanter la croix sur cette belle côte, où la barbarie témoignait de son absence. C’était une gloire dont la France était digne; l’orgueil de cet aveu nous est permis aujourd’hui. Nous pouvons dire qu’elle est nôtre, la gloire pure et chrétienne de cette conquête libérale. C’est une inspiration catholique que nous avons eu mission de réaliser.

 

Dans les derniers mois de l’année 1829, le gouvernement fut plus d’une fois défié par ses adversaires d’en finir avec Alger, en conservant intact le dépôt de l’honneur national. A les entendre, dans leurs provocations fréquentes à la justice du canon, eux seuls avaient le sentiment de la dignité du pays, eux seuls en étaient jaloux. Les escarmouches de l’opposition qui assaillait alors le ministère ne furent pas toujours de bonne guerre. Mais elle est surtout inexcusable la violence avec laquelle fut accueillie là résolution décisive du gouvernement dès qu’il l’eut manifestée. Qu’on eût essayé à droite et à gauche de renfermer dans le cercle étroit d’une question de parti une haute question, dont la solution, telle que l’événement l’a produite, se rattache peut-être aux destinées générales de l’humanité, c’est ce que nous avons vu sans étonnement et sans indignation : cela devait être. Mais ce que rien ne sauroit excuser, pas même la défiance des projets du gouvernement déchu, c’est le tourment imposé aux oreilles vraiment françaises d’entendre toutes ces prédictions impies contre un projet nécessaire et généreux. Ce scandale donné au monde par la France est né du malheur des temps que nous avons traversés. Mais c'est en vain que, pour en décliner la responsabilité, à l’expression de vœux criminels on opposerait l’indiscrétion d’espérances coupables : si quelques voltigeurs de l’absolutisme ont pu rêver qu’à l’aide de nos baïonnettes victorieuses ils feraient faire face en arrière à la société, des hommes à prétentions libérales ne devaient pas s’en autoriser pour montrer la côte d’Afrique protégée contre la valeur française par toutes les chances sinistres que l’imagination avait pu inventer.

Le blâme ne sera pas plus épargné aux auxiliaires du despotisme turc qu’aux champions de l’absolutisme français. Mais détournons nos regards des tristes effets des passions violentes qui, des deux extrémités de la société, se menaçaient au détriment de toute pensée indépendante de leurs haines. Puisse le temps qui balaie toutes les petitesses, en effacer aussi le souvenir, et la mémoire des inspirations, quelles qu’elles soient, qui se sont produites en dépit de ces entraves, être seule impérissable !

 

On n’ignore pas que, durant le cours de notre longue altercation avec la régence, le gouvernement avait déjà essayé de projeter quelque tentative sérieuse antérieurement à l’époque dont nous nous occupons ici. L’unique conséquence de ces velléités d’agir fut de provoquer une première recherche de documents. Mais qui a couvé la pensée à l’entreprise. M. l’amiral Duperré, consulté par le gouvernement, prêta l’appui de son autorité aux adversaires du projet, en développant toutes les suggestions de l’expérience et de la prudence. On ne sauroit qu’applaudir à la franchise consciencieuse de ses aveux sur les diffi cultés de l’expédition; mais il ne crut pas le succès impossible, puisqu’il accepta la responsabilité du commandement de la flotte. Il n’y avait pas dissidence, mais différence d’opinion entre M, l’amiral Duperré et M. le maréchal de Bourmont. Dans le calcul qu’ils avoient fait l’un et l’autre, le premier, guidé par une expérience prudente, avait additionné plus de chances contraires que de chances favorables ; et le seconde inspiré par une ardente confi ance, avoit trouvé la somme des chances heureuses plus forte que celle des chances adverses. L’événement a fourni la preuve de leurs calculs. Nous nous faisons un devoir sacré de redire les titres que le ministre qui étoit alors chargé de la direction des affaires de la marine s’est acquis à l’estime publique par l’activité avec laquelle il a si bien coopéré à préparer le succès de l’entreprise. Administrateur distingué, mais étranger à la marine, il a dû partager d’abord l’avis dominant dans le corps à la tête duquel il se trouvoit placé, il a pu douter ; mais une fois convaincu de la possibilité de réussir, il imprima à tout son département une impulsion énergique qui produisit des résultats presque inespérés. La marine fit merveille.

 

L’histoire avait été interrogée, et ses réponses, que les adversaires du projet alléguoient sans cesse pour prophétiser l’anéantissement inévitable de la fl otte et de l’armée expéditionnaires, offroient , à qui savoit les y voit, les plus précieuses instructions et toutes les garanties de succès moralement désirables. Le désastre de Charles-Quint et la défaite d’O’Reilly enseignoient assez que le choix d’une saison opportune et celui d’un point favorable de débarquement étoient les premières conditions essentielles d’une réussite probable ; que leur complément indispensable était le concert des volontés combinées pour agir sur mer et sur terre, la précaution d’éviter un débarquement morcelé, et le soin de se retrancher et de s’établir militairement avant de commencer à opérer. Les caprices connus de la mer d’Afrique, les incertitudes inhérentes à la navigation, l’inclémence alors exagérée des éléments dans ces parages, le dénuement de ressources d’un pays stérilisé par la barbarie, tout faisoit un devoir des prévisions administratives les plus minutieuses et les plus étendues; le succès a démontré qu’aucune de ces prévisions n’avait été négligée.

 

Ainsi les exemples historiques pouvoient éclairer la combinaison d’un plan,général. Mais quand de la spéculation de cet ensemble on passoit aux détails techniques, qui entrent nécessairement dans le projet d’une entreprise complexe, où les rôles différents dé la flotte et de l’armée doivent tendre au même dénouement, une diffi culté réelle résultait du défaut de renseignements précis. On ne possédait pas, au degré d’exactitude désirable, la masse suffi sante de notions nautiques et militaires sur le littoral, où il fallait toutefois déterminer ‘un point de mouillage et de débarquement, et s’assurer la base d’une ligne d’opération. La côte que la flotte devoit aborder n’avait été que superfi ciellement sondée et reconnue. Il suffi t, pour en être convaincu, de se souvenir qu’on ignoroit ce qu’étoit réellement la rade de l’ouest de Sidi-Ferruch, et qu’on ne savait pas même, avant d’en approcher, que Torre-Chica et la batterie neuve, établie pour défendre les abords de la presqu’île du côté de cette baie, ne fussent pas armées.

Nous n’inculpons ici personne. Qui peut avoir des reproches à se faire le sait, et nous avouons franchement que nous l’ignorons. Mais le fait que nous venons de signaler étoit trop important dans l’historique de cette campagne pour que nous pussions nous abstenir de le constater. La stratégie n’avait de guide que Boutin; mais l’exactitude qui distingue son travail et la sagacité de ses explorations ont été utiles. L’ouvrage de Shaw et celui du consul américain Shaler étoient à peu près les seules sources où l’on pût puiser quelques notions de politique, de statistique et d’hygiène. Enfin MM. Deval et Thierri, qui avaient résidé à Alger avec le consul général de France, oncle du premier, pouvaient être consultés avec fruit.

 

Les répugnances et les obstacles de toute espèce, dont il fallut triompher pour conquérir l’adoption d’un projet défi nitif, opposèrent une résistance qui consuma un temps bien précieux. Et quand vint le mois de février 1830, cette perte de temps fut d’autant plus sensible et regrettable, qu’une immensité de préparatifs de toute nature étoit à faire, et devoit être terminée avant l’époque du départ, qui, une fois le moment opportun arrivé, ne pouvoit plus être retardé d’un jour, si ce n’est par les vents. C’était l’époque du 10 mai au 10 juin que Boutin avait jugée la plus favorable pour opérer un débarquement ; et son opinion était confirmée par l’approbation de presque tous le marins, juges compétents de cette importante question. Force était donc d’être prêt à faire voile au commencement de mai ; il y allait du sort de l’expédition.

M. le baron Denniée, nommé intendant en chef de l’armée, déploya la plus grande activité, et fit preuve de l’habileté la plus intelligente dans l’organisation de tous Les services administratifs. Tout fut prévu, et il fit, pourvu à tout. On adopta pour les approvisionnements nécessaires à l’expédition le mode d’achat à commission, et la maison Seillière en accepta la charge. Cependant le ministre de la guerre pressoit la formation de l’armée, et mettoit les troupes en mouvement pour les concentrer à Toulon. Le ministre de la marine hatoit les énormes apprêts qu’exigent et la mise à la mer de cent voiles, et l’équipement du nombre de bâtiments armés en guerre jugé nécessaire à l’expédition de tous les ports de France il les dirigeait vers Tôulon. Là, dans la rade spacieuse qui recevoit tous ces éléments, M. l’amiral Duperré en composoit une fl otte qui fut improvisée en moins de trois mois. Des bâtiments de transport avaient été nolisés jusque sur les côtes d’Italie et de Catalogne. Ils furent réunis dans le port de Marseille pour recevoir en chargement le matériel de l’armée. On s’étoit assuré des ressources que pouvaient offrir l’Espagne et les îles Baléares, et on s’etait entendu avec le gouvernement espagnol pour l’établissement d’un hôpital à Mahon , on l’on, évacuerait au besoin des blessés et des malades. Enfin des envoyés avaient été chargés de reconnaître les dispositions du bey de Tunis, et on apprit, avant le départ de Toulon, le résultat satisfaisant de leur mission.

 

La santé des hommes que la terrible nécessité de la guerre expose aux chances qu’elle implique, doit être le premier objet des précautions d’un gouvernement. On peut affi rmer que rien ne fut négligé ici pour que le soldat, vengeur futur des longs griefs de la chrétienté, pût lutter avec avantage, contre, l’inclémence d’un climat ennemi. On satisfit à toutes les exigences de l’hygiène, et l’armée s’embarqua cuirassée contre l’infl uence des éléments. Il n’y a point de détails minutieux lorsqu’il s’agit de la conservation de la vie du citoyen qui se sacrifi e pour la patrie ; et il nous sera permis de signaler la préférence du pantalon de drap au pantalon de toile comme la mesure la plus féconde en résultats précieux qui pût être adoptée. Car c’était surtout des pernicieux effets de la grande humidité des nuits qu’il importait d’être préservé.

 

Il y avait dans l’expédition projetée quelque chose d’aventureux qui sympathisait naturellement avec le caractère français. Il semblait que l’astre de la gloire allât lancer à travers l’horizon comme un éclair de la splendeur des croisades. Aussi, malgré les cris d’utile haine politique qui s’entachoit d’hostilité contre une entreprise nationale, et en dépit d’une opposition à laquelle aucun parti ne resta étranger, à peine cette lice chrétienne fut-elle ouverte qu’une jeunesse ardente brigua l’honneur de s’y précipiter. C’étaient des colonels qui demandaient à partir comme capitaines, des officiers qui sollicitaient la faveur de se démettre de leurs, grades pour entrer comme soldats dans les rangs de l’armée expéditionnaire; des officiers-généraux aussi offraient de marcher comme simples volontaires.

 

Il n’y a pas de sacrifice dont le dévouement français ne soit capable : on vit des jeunes gens, riches du plus bel avenir social, s’arracher aux sollicitudes de l’amour maternel et aux tendresses de la famille pour s’enrôler sous la bannière des libérateurs d’Alger. On les vit, modestes fantassins, grenadiers ou voltigeurs, cheminer bravement sac au dos. Ce n’est pas que cette grandeur d’âme, que ces inspirations du patriotisme aient rien qui puisse nous étonner ; c’est un produit naturel, de nôtre sol : une nouvelle preuve en vient encore d’être donnée naguère; et nous sommes certains qu’une menace à notre indépendance nationale enfl ammeroit plus d’un imitateur de ce noble exemple. Nous avons rapporté l’opinion consciencieuse de nôtre marine sur les difficultés dont elle voyait cette expédition presque invinciblement embarrassée. Nous n’en devons qu’applaudir davantage à l’ardeur avec laquelle les officiers de ce corps instruit ambitionnèrent de déployer leur expérience et leur intrépidité sur une mer dont ils avaient prévu les orages.

 

L’expédition projetée étoit très populaire dans nos provinces méridionales, où chacun étoit à même d’en juger de plus, près l’urgence, et d’en mieux évaluer la portée que dans le reste du pays. Les départements méridionaux, il faut le dire aussi, étoient particulièrement intéressés à la question de la sécurité du commerce de la Méditerranée. L’apparition sur les côtes de la Provence d’une armée et d’une flotte, dont la vue présageoit la victoire, exalta les esprits ardents de ce peuple si impressionnable. Dans cette armée brillante de jeunesse, de vigueur et de tenue, la capacité des généraux, l’instruction des offi ciers et l’ardeur des soldats étoient évidentes et incontestables. 30,000 hommes d’infanterie, plus de 500 hommes de cavalerie, environ 2,800 hommes d’artillerie et 1,300 hommes du génie formoient, avec le train des équipages, la gendarmerie, les offi ciers, ouvriers et employés d’administration, et avec l’état-major, un effectif de 37,000 hommes et de 4,000 chevaux.

 

Cette force était répartie en trois divisions commandées par les lieutenants-généraux Berthezène, de Loverdo et d’Escars. Chaque division était formée de trois brigades. Cette armée était pourvue de quatre batteries de campagne, d’une batterie de montagne et d’un équipage de siège composé de 82 bouches à feu. La plus grande partie du corps de la, marine française avoit été appelée aux divers commandements, de la flotte. Une féconde théorie alliée à une habile expérience caractérisait cette imposante réunion d’officiers distingués. L’armée navale, forte de plus de 20,000 marins, se composoit de cent voiles de guerre, parmi lesquelles on comptait 20 frégates et 11 vaisseaux. Cette flotte était divisée en trois escadres, nommées escadre de bataille, escadre de débarquement et escadre de réserve. Sept bâtiments à vapeur avoient aussi été mis à la disposition de M. l’amiral Duperré.

1) Ces lignes furent écrites dans l’Avenir, le 26 mai 1831.Depuis cette époque, la vérité s’est fait jour à travers toutes les impressions dont nous déplorions alors les effets. Les événements plus connus sont mieux appréciés ; la justice distributive a commencé à faire la part de la marine et de l’armée dans la reconnaissance publique, selon les services que l’une et l’autre ont eu occasion de rendre. La gloire de l’expédition d’Afrique, que le gouvernement a fait la faute, de répudier, est devenue ce qu’elle devait être, populaire et nationale, en dépit et de ceux qui désiraient la confisquer à leur profit, et de ceux qui s’en montraient jaloux au point d’en vouloir ternir l’éclat. On semble consentir à se laisser éclairer par la lumière que M. le maréchal Clausel a jetée sur la question de la colonisation d’Alger. Le ministère s’apercevrait-il enfin que ce beau pays peut être autre chose que le Botany-Bay de la France ?

2) L’existence même de la puissance, algérienne, telle que, le monde chrétien avait permis qu’elle s’établit, était un crime permanent de lèse-humanité et de lèse-civilisation. Remercions Dieu de s’être servi du bras de la France pour faire justice de ce long attentat contre la société.

 

 

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