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Les 1er et 2e régiments d’artillerie de montagne furent créés en 1910 par regroupement de batteries alpines. Engagés avec succès  au Maroc entre 1912 et 1914, les deux  régiments mirent sur pied, à la mobilisation du 2 août 1914, outre les batteries d’active, plusieurs batteries de réserve et des sections de munitions.

Après avoir perçu leurs équipements de guerre et réceptionné leurs bêtes, les régiments d’artillerie alpine à la tradition muletière quittent la frontière franco-italienne et sont engagés sur le front français dès les premiers jours d’août 1914. La particularité de l’artillerie de montagne sur le front de France lors de la Première Guerre mondiale réside dans le fait que les 1er  et 2e régiments d’artillerie de montagne n’ont pas servi en tant que régiments constitués. Les uni-tés sont employées par groupements, groupes, batteries, sections, voire pièces isolées, pour remplir toutes sortes de missions. 

Les batteries d’artillerie de montagne sont présentes sur tous les champs de bataille du front : la Mortagne ; l’Alsace ; la Lorraine ; la Marne du 5 au 14 septembre 1914 ; l’Argonne ;  la Somme ; l’Aisne ; les Vosges : la Champagne Verdun.

PORTER L’ARME  À DOS D’HOMME

Pendant la guerre de mouvement, le rustique canon de 65 mm rend bien des services car il peut être transporté au plus près de la ligne de front, appuyer les fantassins montant à l’assaut depuis une tranchée de première ligne, tirer efficacement et rapidement plu-sieurs obus à balles et quitter aussitôt sa position de tir. Mais les équipes de pièce doivent sou-vent porter l’arme à dos d’homme car l’utilisation des mulets en terrain découvert se révèle désastreuse. Nombreux sont les artilleurs tués par l’ennemi alors que, comme le maréchal des logis Merlin de la 46e batterie du 1er  RAM, ils emportaient « sur [leurs] épaules le châssis-frein de 105 kg » du canon de 65 mm.

Pour contrer l’artillerie de tranchée allemande, les servants n’hésitent pas à monter le canon sur le rebord de la tranchée et à tirer en tir tendu et à vue. Parfois, comme dans le secteur de la butte de Vauquois (Argonne), ils délivrent des tirs à bout portant (13 mètres, le 9 mai 1915 par la 46e batterie du 2e RAM). L’efficacité à courte portée du canon ne masque pas ses limites en tir courbe, le rendant peu propice à une utilisation en terrain découvert. L’ingéniosité des servants pallie cette contrainte technique. Creusant la pierre vosgienne ou la craie champenoise, les artilleurs créent des encuvements, permettant ainsi d’abaisser l’arrière du canon pour augmenter la flèche de l’obus et atteindre l’ennemi en arrière de la ligne de crête ou de la troisième ligne de tranchées.

EN ALERTE PERMANENTE

À Verdun, en 1916, les groupes de batteries sont en alerte permanente, les hommes courant aux pièces à moitié habillés au cri de ”barrage” qui retentissent chaque nuit d’un poste de guetteur à l’autre. Presque cent ans plus tard, les artilleurs de montagne du 93e RAM connaîtront cette même montée d’adrénaline, au service de leurs mortiers de 120 mm dans les vallées afghanes. Face à la menace que représente la nouvelle arme aérienne, le canon de 65 mm est transformé dès 1915 en canon anti-aérien d’appoint, la 3e batterie du 1er RAM réalisant certains des premiers tirs de défense sol-air. Le premier homme tué au 1er RAM est le maréchal des logis Fischer de la 3e batterie, tombé le 9 août 1914 au col du Bonhomme alors qu’il manoeuvrait lui-même sa pièce sous le feu. Par la suite, les artilleurs de montagne paieront, tout au long de la guerre, un lourd tribut en raison de leur exposition permanente au feu et aux balles ennemies.Leur courage dans la Grande Guerre a été récompensé par de nombreuses citations collectives et individuelles. Rien qu’au 2e RAM, 24 citations collectives, dont 9 à l’ordre de l’armée, ont été décernées. Le front de France ne sera pas le seul connu par les artilleurs de montagne pendant la Grande Guerre : ils participèrent également aux opérations sur les fronts italiens et d’Orient.


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